Aujourd'hui dans mon sac il y a...

    C'était un soir de Saint-Valentin et ce n'était pas du tout prévu comme cela.

    C'était une simple visite, un aller retour, la dernière formalité avant la date prévue, trois semaines plus tard.

   D'ailleurs, elle n'aurait même pas du avoir lieu ce jour-là cette visite, mais le lendemain. Mais le matin au téléphone, la voix très douce de la sage-femme avait demandé si on était d'accord pour avancer notre rendez-vous pour soulager sa collègue du lendemain si cela ne nous dérangeait pas bien sûr, et bien sûr on avait dit oui. parce que la voix douce, parce que la collègue débordée, parce que l'on espérait secrètement que tout s'accèlère.

C'était un jour d'hiver, lumineux et froid.

La visité s'était bien passée, à la fin la douce sage-femme avait dit " je fais un dernier contrôle et vous pourrez rentrer chez vous" et, à peine quelques secondes plus tard elle avait ajouté "mais le travail est commencé! je ne peux pas vous laisser partir comme ça!"

Au fond de soi, on s'était senti sourire.

Alors on s'était retrouvée dans une chambre avec juste notre sac à main et le tome 4 ou 5 de Fortune de France de Robert Merle pendant que le papa et le reste de la famille transportait des sacs mieux remplis et s'organisait autour d'un petit garçon de même pas deux ans qui s'interrogeait au telephone.

De temps en temps la sage-femme passait pour s'assurer que tout allait bien, que l'on ne sentait toujours rien.

Non, on ne sentait toujours rien. Oui, tout allait bien.

La nuit était tombée. les couloirs de la petite clinique étaient calmes. Un soir d'hiver.

La télévision diffusait le lac des cygnes. Pour une fois on allait pouvoir le regarder jusqu'au bout. Les pages de Robert Merle défilaient. La famille téléphonait. Demain, si rien ne s'était passé, on pourrait rentrer.

La sage-femme est revenue avant la fin du premier acte, un dernier controle et je vous laisse tranquille.

mais ce n'était pas prévu comme cela.

il était 21h30 ce soir-là. A la maison, le papa qui s'appretait à aller se coucher est revenu au plus vite sous la nuit, il est arrivé, essoufflé, étourdi, ému et à 22h15 elle était là, au creux de nos bras.

la sage femme a demandé " comment va t'elle s'appeler cette petite fille?"

et nous avons répondu en coeur "Charlotte".

derrière la fenêtre la lune brillait. Le sourire du midi qui nous réchauffait l'intérieur ne nous avait pas quitté.Le lac du cygnes n'aurait pas de fin et les dernières pages de Robert Merle attendraient.

Auprès d'elle, la nuit serait douce.

C'était un soir de saint-Valentin, ce n'était pas prévu comme cela, mais on n'en ferait jamais de plus beau.

Aujourd'hui Charlotte a 10 ans. Ce bébé qui ne pleurait jamais adore rire mais se fait toujours du souci pour quelqu'un ou quelque chose.

Elle rêve d'une maison très moderne, a des idées très arrêtées en matière de mode, apprend par coeur des répliques de films, laisse des petits mots sur nos oreillers, se dispute avec son frère,  n'a jamais faim mais adore grignoter, aimerait être avocate mais sûrement pas porter cette grande robe noire, aime l'histoire et chanter dans sa chambre, adore "emmenez-moi " d'Aznavour, les tubes des années 80 et ceux d'aujourd'hui aussi, les chats, sa bande de copines, ses cousines, la famille, essayer les chaussures à talon de sa maman, jouer à la poupée, faire du roller ou aller à la piscine avec son papa, Marylin depuis qu'elle a vu "certains l'aiment chaud". Elle rêve d'aller à New-York, et pense chaque jour à cette petit fille du bout du monde qui a son âge mais pas sa chance et à qui elle écrit pour qu'elle puisse aller à l'école et elle aussi, atteindre ses rêves.

Quelquefois elle fond en larmes et elle dit "j'ai trop de pitié maman, ça pèse trop lourd".

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  A quoi ressembleras-tu dans 10 ans ma petite Charlotte de la Saint-valentin?